( 12 décembre, 2010 )

La jeune femme et le vagabond

La jeune femme et le vagabond dans la vie santon-vagabond26-cms

Elle le voyait tous les matins, sans exception aucune. Il était toujours assis sur ce rebord de mur, son gros sac à dos de voyage gris-vert à ses côtés, une couverture qui dans le passé devait probablement être beige, mais qui aujourd’hui tirait plutôt sur le jaune-brun, sa petite casquette noirâtre et poussiéreuse retournée devant ses pieds, attendant patiemment qu’un échappé de la populace matinale y dépose quelques pièces, dépassant rarement l’euro, bien souvent en deçà de 50 centimes. Cela faisait presque un an déjà qu’elle le saluait poliment chaque matin, lorsqu’elle passait devant lui, se dirigeant vers sa classe d’école primaire, élégante, mais sobre, un peu pressée, mais souriante ; cependant, elle ignorait jusqu’à son nom. Elle avait estimé qu’il devait être aux portes de la quarantaine, mais qu’il était peut-être plus proche de trente-cinq, car la rue aurait très bien pu creuser ses traits plus rapidement. Elle trouvait son visage plaisant et appréciait son sourire. Jamais il ne demandait d’argent à personne, il attendait la bonne volonté, parfois très longtemps, souvent trop longtemps. Cela dit, tous les matins il lui répondait avec éducation et lui demandait :

- Bonjour, comment allez-vous ce matin ? Et, dites-moi, vous n’auriez pas une cigarette, s’il vous plaît ? C’est mon anniversaire aujourd’hui.

Ce à quoi elle répondait, jour après jour :

- Je vais bien merci. Et non, désolée, je ne fume pas. Mais joyeux anniversaire tout de même.

Il avait compris depuis bien longtemps qu’elle ne fumait pas, et elle savait que ce ne pouvait être son anniversaire chaque jour de l’année, mais c’était une sorte de jeux entre eux deux, une manière de prolonger quelque peu la conversation, pas trop tout de même, car on ne converse pas avec les mendiants. Puis, elle s’en allait, en réalité, elle ne s’arrêtait pas vraiment. Parfois, elle lui donnait quelques pièces, mais cette bizarre complicité qui s’était installée entre eux la rendait plus mal à l’aise lorsqu’elle faisait preuve de charité, que lorsqu’elle échangeait quelques paroles avec lui.

Ce matin là, il faisait froid. Elle sortait de chez elle, arriva devant lui. Elle le salua, avec un sourire comme compatissant de la douloureuse entrée de l’automne, drôlement plus fraîche que l’année antérieure. Il répondit, mais il avait bien du mal à sourire, pour la première fois, elle le trouvait triste. De plus, il ne lui demanda même pas sa vaine cigarette matinale, alors, elle sentit un élan de bonne volonté et voulu faire un peu d’humour, dans l’espoir de voir réapparaître sa rangée de dents, trop blanches pour qu’il eût passée de nombreuses années déjà à vagabonder :

- Vous avez enfin arrêté de fumer ? lui demanda-t-elle.

- Pas vraiment, mais aujourd’hui c’est mon anniversaire, pour de vrai cette fois-ci et… J’ai un peu honte de réellement demander une cigarette comme cadeau, vous voyez ?

- Je vois, dit-elle. Et bien, joyeux anniversaire tout de même.

Elle s’en alla. Certes, elle voulait ajouter quelque chose, pour donner une touche particulière à leur conversation matinale de ce jour-là, mais elle avait été si surprise, qu’elle n’avait su trouver les mots justes et craignait trop une maladresse verbale. Elle passa le reste de la journée attristé par un pesant sentiment d’impuissance et d’injustice ; elle voulait faire quelque chose. Alors, en fin de journée, plutôt que de prendre le bus pour rentrer chez elle comme à son habitude, elle décida de repasser par la rue où le clochard avait élu domicile. Il était toujours là, semblait assoupi. Elle le secoua un peu, sourit à ses yeux s’entrouvrant et lui lança :

- Ca vous dirait de passer manger à la maison ? Ca fait trop longtemps que je dîne seule et un repas chaud et un peu de compagnie vous viendrait très bien. C’est votre anniversaire quand même !

Un peu déstabilisé par ce surprenant réveil, il accepta néanmoins la proposition, mit ses quelques pièces dans sa poche, coiffa sa casquette et la suivit clopin-clopant sous le poids de son sac à dos. Ils arrivèrent chez elle, son appartement était modeste, mais chaud et il savait bien s’en contenter. Il la remercia maintes et maintes fois, cependant, il n’était pas réellement surpris qu’un acte de bonne volonté à son égard provinsse de cette jeune femme, car il avait découvert sa nature généreuse, matin après matin, à travers la sincérité de ses sourires et paroles quotidiennes. Elle le laissa dans le salon, pendant qu’elle préparait quelques mets, lui alluma la télévision et lui recommanda de prendre ses aises. Puis, elle lui proposa une bière, qu’il délecta devant le télé-journal, comme un cadeau des dieux.

Le dîner prêt, ils s’assirent à la petite table du salon et partagèrent un repas, au départ plutôt silencieux, mais qui allait en s’améliorant. Il devait se contenir, pour ne pas se jeter comme un animal sur cette nourriture, chaude et récemment cuisinée, de laquelle il avait si souvent rêvée nuit après nuit, emballé dans sa couverture usée. Elle apprit qu’il avait perdu tout son argent en publiant un recueil de poèmes, qui n’avait pas trouvé de public. Il faut dire que tenter de vivre de la poésie dans un siècle comme le notre était un pari plutôt risqué : il avait essayé et échoué. Elle lui demanda alors s’il n’avait pas chercher du travail, ce à quoi il répondit calmement, mais sur un ton bien décidé :

- J’ai déjà un travail, je suis poète. Pas un jour ne passe sans que j’écrive, parfois quelques lignes, parfois des pages et des pages entières.

Surprise, mais toujours bien convaincue de la direction du nord, elle rétorqua :

- Poète peut-être, mais si vous ne trouvez pas de lecteurs, vous devriez peut-être penser à une reconversion. Un autre travail, d’autres obligations. Vous n’allez tout de même pas me dire que vivre dans la rue vous plaît ?

- Obligations, vous dites ? En tant que poète, mon obligation n’est pas d’être lu, mais d’écrire. Que pensez-vous que je transporte dans ce sac, des billets de banques, une collection de soldats de plomb ? Non, il ne contient que le fruit de mon travail. Je n’ai pas besoin d’autre travail et si ce monde ne m’accepte pas et bien je ne l’accepte pas non plus. Cependant, je dois continuer à écrire.

Elle acquiesça d’un léger sourire, ses yeux savouraient sa dévotion pour la poésie et un tel entêtement à persévérer dans la quête de son art.

Il se faisait tard, ils avaient déjà terminé le repas depuis quelque temps déjà et elle projetait d’aller se coucher. Alors elle se leva, se dirigea vers sa chambre à coucher, il restait assis, ne sachant quoi faire, puis pensa s’en aller. Il se leva et elle réapparu avec une couverture et lui dit :

- Je vous laisse le canapé pour cette nuit, il vient d’une grande firme suédoise et n’est pas trop inconfortable. Vous devriez rester, il fait drôlement froid dehors.

Ébahi, il ne savait si accepter ou refuser, de peur d’abuser de tant de bonne volonté. Mais il connaissait bien la rue déjà et savait que les nuits y pouvaient être longues et rudes. Il demanda tout de même, comme pour justifier et faciliter un éventuel renvoi, au cas où la jeune femme eût proposé pareil chose par simple politesse, espérant un refus :

- Êtes-vous bien sûre de vouloir que je reste passer la nuit ? Je ne suis qu’un clochard après tout, terriblement pauvre et dans le besoin. N’avez-vous pas peur que je vous vole et m’enfuie au petit matin ?

Ce à quoi elle répondit instantanément, comme si elle avait prévu pareil remarque :

- Vous pouvez me dérober quelques objets de valeur, certes, mais ils sont bien peu nombreux. Il est aussi possible qu’en cherchant bien, vous trouviez quelques économies au fond d’un tiroir, mais tout cela n’est qu’éphémère. Combien de temps cela vous durera ? Alors que si vous vous portez bien, il est fort probable qu’à l’avenir vous n’ayez plus à passer votre anniversaire seul et au froid.

                     bendesclou

( 11 décembre, 2010 )

Le temps d’un temps!

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Je n’ai pas le temps;De perdre du temps; De temps en temps;Je reprends le temps perdu; Combien de temps encore; À faire passer le temps; Il me faut du temps pour réfléchir;De ces temps obscurs;

Le temps s’effrite; Le temps s’efface; Il n’y a pas si longtemps; On avait du temps de libre; En ce temps-là; On prenait le temps de vivre; Un homme de son temps;Sait que le temps ne compte plus; Le temps s’arrête sur nous;

 En même temps; Le temps d’une paix; D’un temps indéfini; De désirs tempérés; Le temps qu’il nous reste; Où tous y passent; Au fil du temps; Voici mon unique passe-temps; Le temps que ça se passe; Le temps s’arrime minutieusement;

 Sans trépasser L’espace-temps; Le temps qui file entre mes doigts; Avec des poèmes à quatre temps; Une note blanche marque deux temps;Le temps marque ma page blanche.           

                                  RSB 2009

( 4 décembre, 2010 )

Neverland pour adultes (extrait)

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« Ben et Fontaine se croisent un beau jour dans une rue de la ville. Ils s’aiment vite et ne se quittent plus, prenant par la main le lecteur dans leurs aventures. Une fête hallucinée chez l’épicier du coin, à force musique aux vertus érotiques, jette les convives dans des spasmes incontrôlés. Les portes d’une maison vagabonde conduisent, l’une vers la banquise où les deux tourtereaux deviennent ours polaires, l’autre dans une dimension parallèle où ils échangent leurs sexes. Un lac à l’eau désaltérante abrite un monstre sympathique et amateur de beurks… Ces quelques anecdotes, parmi tant d’autres, plantent le décor de Pas de temps à perdre.

Régis de Sá Moreira offre avec ce premier roman une fable à l’énergie débordante. La plume y sautille, titillée par un imaginaire débridé. Ben et Fontaine sont comme deux enfants dans un bac à sable : ils jouissent de la vie sans lui poser de questions, la façonnant selon leurs désirs, sans inhibition aucune. On les suit volontiers dans cette ville particulière, où les rues et les maisons changent de place selon leur bon vouloir, ce qui ne facilite pas la tâche des facteurs du coin! L’un d’eux, Cow Boy, croise les deux personnages centraux et les aide dans une mission estimable : redonner leur sourire à des gens malheureux.

 Mais peut-on changer la nature humaine avec des cartes postales ?…

Tel est le message de ce roman, dont il ne faut pas exagérer l’intention philosophique ou moralisante : profiter et ne pas se compliquer l’existence. L’auteur redonne à ce bel aphorisme de sa vigueur. A travers les pérégrinations de ces deux personnages juvéniles et attachants, plus enfants qu’adultes, n’étaient leurs ébats amoureux, c’est tout un art de vivre qui se dessine, constitué d’amour et d’eau fraîche… un peu d’alcool en plus ! «Quelques années en arrière, lorsqu’ils avaient eu à choisir entre l’alcool et l’automobile, Ben et Fontaine s’étaient chacun de leur côté mis très sérieusement à la marche»

explique l’auteur, faisant moins l’apologie de la dive bouteille qu’une leçon de conduite… de vie.

( 3 décembre, 2010 )

ESSORAGE

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Notre machine à laver
Au début
Était très sage
Et se contentait
De l’essorage…
Maintenant qu’elle a pris
de l’âge
Elle est familière
Avec son entourage
Quand on entre
Dans la buanderie
Elle trépigne
Elle saute de joie
Un jour on l’a retrouvée
Dans le salon
Partout elle marche
Sur nos talons
Même quand ce n’est pas
Une lessive de pantalons
Elle est très affectueuse
Notre machine à laver
Mais on a dû s’en séparer
Quand elle a su marcher

Joël Sadeler in « La cabane à poèmes »

( 2 décembre, 2010 )

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